Lettre ayant remporté le premier de notre concours des lettres d'amour :
Prends soin mon amour de la beauté du monde
Des sourires et des vents, de l’inconnu qui passe,
Des buddhas et des arbres, des familles et du temps,
De la femme à genoux qui sourit ou trépasse,
Des libertés sereines et des textes d’antan.
Prends soin mon amour de la beauté des choses
De la cruche ébréchée au tableau des Flamands,
De ces bois et des cuirs, des bijoux, des horloges,
Des parquets vernissés aux velours chatoyants,
Des écrins à lumières comme un Palais des Doges.
Prends soin mon amour de la beauté des êtres
De l’enfant tout soleil qui s’envole ou transgresse,
Des mains parcheminées et des bébés à naître,
De la femme d’à côté aux regards de princesse.
Et n’oublie pas mon cœur qui bat à tes fenêtres.
Prends soin mon amour de la beauté des âmes
Des chemins inventés par poètes enivrés,
Des émotions farouches à la larme oubliée.
Ouvre-toi aux amours, sois le vent dans la tour,
Virevolte et sois fou au-delà des toujours…
Prends soin mon amour de la beauté des heures
Des cigales alanguies aux hivers rougeoyants,
De tous nos matins tendres aux gris de tourterelles
Aux couchants miroitants quand le jour bat de l’aile,
Jusqu’à notre heure exquise, quand tu deviens l’amant.
Sabine AUSSENAC
32000 AUCH
Lettre classée seconde :
J’ai vu
J’ai vu la plage des amants
Ces grains de sable sur le roman
J’ai vu ces deux corps endormis
Main dans la main, cheveux amis
J’ai vu
J’ai vu la mer faire son approche
Tourner les pages, frôler la roche
J’ai vu la vague sur le pied nu
Le grignoter, passer dessus
J’ai vu
J’ai vu ces cris, ces rires aux larmes
Serviettes de bain trempées de parme
J’ai vu leurs yeux comme une chance
Se dire ça n’a pas d’importance
J’ai vu
J’ai vu leurs corps s’agenouiller
Et puis leurs lèvres s’effleurer
J’ai vu des voiliers de tendresse
Entre leurs doigts, la même adresse
J’ai vu
J’ai vu l’écume en robe blanche
Vouloir des lendemains pervenche
J’ai vu leur émouvante étreinte
Ce sable chaud qui perd ses teintes
J’ai vu
J’ai vu ce couple et sa lumière
Je les ai vus, j’en étais fier
J’ai vu le chemin de l’Amour
Chacun y vient, chacun son tour
J’ai vu
Je les ai vus, unis à deux
Y’avait du bonheur dans leurs jeux
J’ai vu ces regards épanouis
Des regards à se dire oui
J’ai vu
J’ai vu ce galop de beauté
La vie comme un cheval ailé
J’ai vu toute la grandeur de l’âme
Dans le cœur d’un homme et d’une femme
J’ai vu
J’ai vu cette femme et c’était toi
J’ai vu cet homme et c’était moi.
Fabrice MOYON
29000 Quimper
Lettre classée troisième :
A part mettre un panneau
A part mettre un panneau au-dessus de ma tête j’ai tout fait pour que tu comprennes que je t’aime !
Tous les jours à chacun de tes passages devant moi, je soupire, j’ai tout fait pour que tu m’adresses la parole !
J’ai crevé tes pneus, pour mieux t’aider à te dépanner. J’ai volé ton chat, pour mieux te le ramener. J’ai mis le feu à ta maison, pour pouvoir te proposer de t’héberger. J’ai piraté tes comptes
bancaires, pour t’offrir tes repas!
J ai persévéré, je sais que je suis celle qui te faut qui prendra soin de toi. Notre amour plein de promesse que tu ne connais pas encore. Les enfants que j’ai envie de te donner. Tous les jours
j’ai envie de te toucher de laisser mes doigts courir sur toi. Envie de te dire tous ces sentiments qui explosent en moi.
Mais rien n’y fait tu ne me remarques pas. Alors ce soir maintenant que tu es à moi sur cette chaise attaché. Vas-tu m’écouter ?
Line RUEL
22160 ST SERVAIS
Lettre classée quatrième :
Ma poulette
Tu connais le lascar, scribouiller des bafouilles à l’eau de praline, d’habitude, c’est pas trop le genre de la maison, mais là, vu que me vlà encore enchristé pour six marcotins (récidive
aggravante, qu’il a dit m’sieur l’juge) et vu que y a un plumier et d’la paperasse qui traînassent à la cantoche et que j’ai rien de plus godant à m’farcir, j’ai décidé de te mouliner c’te
babillarde, pour te faire montrer comment que je t’ai à la bonne, et que j’t’ai dans la peau, et que j’en pince pour ta cerise, j’te dis pas.
T’étonne pas, si que pour une fois, y en a pas trop, des fautes d’orthographe, dans ma lazagne, mais il se trouve que y a m’sieur l’abbé Riton qu’est dans la même cellule que mézigue, qui
la relue, contre un paquet de tiges. Cézarin, c’est le roi de la dictée, et je me demande bien pourquoi qu’est-ce qu’on fout en prison des mecs comme cézigue, qui passe son temps à s’occuper des
mômes déshérités du quartchier, au lieur d’i refiler une médaille de la légion d’honneur qu’il l’aurait bien méritée.
Bon, ma p’tite gueule, j’vais pas faire trop longuet, vu que tu connais déjà tout ça paroles et musique : chus ptête pas un modèle d’élégance et de délicatesse, et ça m’arrive de prendre un
coup d’sang, mais tu connais mes capabilités quand c’est qu’on se retrouve tranquilles tous les deux moi et toi, depuis ce p’tit baloche à Bastoche où qu’on a commencé à s’mélanger les pinceaux,
sans façon. Depuis c’te neuille-là, j’peux pu m’passer d’ta fiole, j’m’en rends compte depuis qu’i m’ont recollé en zonzon, j’deviens louftingue quand t’es pas dans l’secteur, et j’te dis pas
comment qu’ça m’manque de pas pouvoir reluquer tes guibolles d’enfer, ton valseur à la redresse que j’crois bien qu’j’étais né pour passer ma vie contre, et tes roberts, la vache ! j’en ai
d’jà vu des plus balaises, mais c’était sur une charolaise. Et ta p’tite frimousse et tes mirettes où qu’on voit la mer en-d’dans, j’en suis fondu à zéro, faudrait m’trépaner et m’arracher les
boyaux d’la tête pour que j’oublie l’effet qu’ça m’fait quand tu me les mets en pleins phares. J’ai jamais reluqué rien d’aussi godant, et pourtant j’ai pas mal traîné mes savates dans tous les
peep-shows de Pigalle et d’ailleurs, alors ma cocotte, tu peux m’croire sur parole, quand j’te dis que t’es la plus bath et la plus leaubiche des pouliches de tout l’arrondissement, c’est pas des
charres pour te bourrer le mou. Et quand t’es à oilpé, ma gosse, c’est l’Pérou, jamais j’aurais cru qu’c’était possible un truc pareil, que le quatorze juillet sur les Champs, à côté, c’est rien
que d’la pisse d’âne et d’la roupie de sansonnet.
Tu veux que j’te dise ? Y en a pas une qui t’arrive au genou, ça se saurait.
Tu m’connais, le bon dieu et mézigue, depuis la communale, on est pas trop potes, et j’ai jamais gardé les bourrins ensemble avec tous les ratichons et toutes leurs punaises de bénitier, et
tous les anges et tous les saints du paradis, avec leurs plumes dans le fion, c’est pas trop ma crèmerie. Tout ça pour te dire que toutes leurs simagrées et leur saint valentin à la con, j’en ai
rien à battre, et que si tu voudrais bien te marida avec bibi ma pomme, ce sera ta fête tous les jours, y compris les dimanches et les jours de relâche.
Ton p’tit Popaul,
qui pense bien à toi en attendant la quille.
Philippe MARLU
22340 MAEL CARHAIX
Lettre classée cinquième :
La fin du repas
Il y avait sur la nappe les plis froissés
Par nos mains enlacées crispées
Des carreaux rouges des carreaux blancs
Des serviettes plissées
Des verres pleins des verres cassés
Le vin blanc le rouge qui fâche
Des assiettes plates des cuillères creuses
Des traînées de graisse froide bave d’escargot
Il y avait dans l’herbe les traces de nos pas
Tunnels creusés dans le soleil
Les marques familières de nos doigts sur chaque objet
Les empreintes digitales
Initiales de nos identités
De notre passage indélicat
Du remue-ménage et du chambardement
Et au-dessus de tes yeux les cercles ivres de tes colères
Des volutes de violence avec des éclats de fureur
Puis de minces sourires hypnotiques
Coincés dans ta gorge serrée
Au creux de ton silence comme au creux de tes bras
Tu as fermé les yeux
Endormi debout absent
Éteint comme la lampe
Soufflée la bougie
C’est la fin du repas
Il recommencera
Tous les jours
Blanchi
Poêlé
Déchiqueté
Flambé
A l'étouffée
A la vapeur
Ébouillanté
Grillé
Fumé
Fouetté
Haché
Tranché
En brochettes
En lanières
Sur des braises
Dans son encre
Dans son jus
Dans son sang à la royale
Oui mon cœur
Tu m’écœures
Colette FOISSEY
987300 CAYENNE
COUVERTURE PRESSE :
Le quotidien OUEST FRANCE du 13 février 2012
![OUEST FRANCE 13 FEV 12 [Résolution de l'écran]](http://img.over-blog.com/600x502/3/28/98/09/OUEST-FRANCE-13-FEV-12--Resolution-de-l-ecran-.jpg)
Le journal LE TELEGRAMME du 14 février 2012

